mercredi 20 juillet 2016

Intégral du texte paru sur Mr. Mondialisation

Note: le texte paru sur Mr. Mondialisation en avril dernier était un condensé du texte intégral qui suit.

Résumé sur Mr. Mondialisation: 

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Texte intégral d'origine:

Rencontrer l’autisme et le syndrome d’Asperger

Bien que l’autisme et le syndrome d’Asperger (ce dernier n’existe plus sous cette dénomination dans le domaine médical actuellement) soient des termes de plus en plus fréquemment lus et entendus, leur connaissance réelle demeure à un niveau embryonnaire auprès du grand public. Seules les personnes vivant au quotidien avec cette condition neurologique différente et leurs proches peuvent en mesurer l’impact réel sur la vie de tous les jours. Il est d’ailleurs très compliqué d’en donner une définition simple, rectiligne et englobant hermétiquement l’ensemble des caractéristiques autistiques. Le présent article esquissera donc un portrait global et général de l’autisme.

Bien qu’à chaque jour que l’astre solaire nous apporte on associe le terme de maladie à l’autisme, il est plus approprié de parler d’un état d’être différent. Car l’autisme touche toutes les sphères de vie de la personne : ses relations sociales, sa perception du monde, sa manière de communiquer et ses champs d’intérêt. L’autisme apparaît dès la naissance de l’individu et demeure avec lui tout au long de sa vie. Actuellement, nous côtoyons probablement des personnes autistes, de tous âges. La méconnaissance du sujet peut amener à porter à leur endroit des jugements lourds et empêcher de tisser des liens avec eux.

Des êtres uniques

Il est primordial de garder en tête en premier lieu que chaque personne autiste est différente et a son identité propre. Les personnes autistes sont aussi variées et uniques que chaque flocon de neige lors d’un puissant blizzard. Il ne s’agit donc pas d’un groupe homogène, car nous retrouvons des personnes introverties, timides et réservées et d’autres extraverties, volubiles et recherchant volontiers la compagnie d’autres personnes, autistes ou non.

Personne n’accepte, homme ou femme, individu de toute croyance religieuse ou allégeance politique d’être cantonné à des stéréotypes-clés pour être défini dans son essence propre. Il en va de même pour les personnes autistes à qui le fantôme trop stigmatisant de « rainman » semble demeurer la référence populaire par excellence auprès du grand public. Ce profil très typé et caricatural ne correspond partiellement qu’à une infime minorité d’individus autistes. Au contraire, l’autisme se décline en une palette infinie de teintes, ce qui en rend la détection et la compréhension d’autant plus complexe. D’ailleurs, de nombreux adultes actuellement sur le spectre autistique ignorent encore en faire partie. La grande majorité d’entre eux, ceux qui sont des adultes fonctionnels, ignorent leur affiliation à l’autisme, mais se sont toujours sentis différents et décalés chaque jour de leur existence par rapport à leur entourage.

Des intérêts particuliers

Malgré leur unicité, certains traits communs viennent définir les personnes autistes par rapport aux individus appelés dans le milieu neurotypiques (non-autistes, donc, la population plus « standard »). En premier lieu, les personnes autistes ont ce que l’on nomme des intérêts « restreints », que nous pouvons rebaptiser plus positivement des intérêts spéciaux ou des intérêts particuliers. Alors que monsieur et madame Tout-le-monde a ses domaines de passion, mais peut bavarder avec une certaine aisance de tous les sujets variés possibles, les personnes autistes sont moins généralistes dans leurs lectures et leur utilisation de leurs temps libres et se focalisent vers un ou quelques centres d’intérêt spécifiques qu’ils tendent à approfondir jusqu’à une expertise étonnante. Ces intérêts ne sont pas non plus soumis aux modes et aux influences environnantes. Une adolescence pourrait devenir éprise de poésie du 19e siècle ou de cinéma des années 20 même si elle est la seule à des kilomètres à la ronde à y porter intérêt. Les individus autistes peuvent ainsi discourir durant des heures sur leur sujet de passion du moment, mais devenir plus mutiques lors de la petite conversation sociale ordinaire. Cette particularité tend à rendre les contacts sociaux plus ardus, car la personne autiste ne naviguera pas naturellement d’un sujet à l’autre lors d’une conversation régulière. Il est donc important de noter que cette particularité n’est pas un étalage prétentieux, mais un partage de l’information connue. Les difficultés à entretenir des conversations légères sont davantage liées à une méconnaissance de l’usage social qu’à une tendance volontaire à refuser le contact informel.

Les personnes autistes ont des sujets d’intérêts très différents les uns des autres, bien au-delà de l’image du garçonnet qui mémorise des horaires de trains ou qui ne parle que de dinosaures durant tout l’après-midi. Certains œuvrent dans des domaines artistiques, alors que d’autres choisissent des disciplines plus techniques comme champ d’intérêt et comme activité professionnelle, que ce soit l’informatique, l’ingénierie ou les sciences sous toutes les formes possibles. Même si les activités à caractère factuel sont souvent privilégiées, la créativité et l’imagination sont bien présentes chez la plupart des personnes autistes. Il est faux de croire que les personnes autistes n’ont aucune imagination, plusieurs d’entre eux peuvent devenir d’excellents artistes dans des domaines comme la musique ou les arts visuels.

Des difficultés relationnelles

Là où la plupart des personnes autistes ressentent leur différence, c’est au niveau de leurs relations sociales. Se faire des amis, les conserver, entretenir les relations amicales et amoureuses sur le long terme peut devenir un véritable défi herculéen. Alors qu’il est inné chez la majorité des gens d’apprendre en bas âge par essai et erreur comment gérer ses relations humaines, la personne autiste a besoin d’un mode d’emploi clair et explicite sur les attitudes à prendre et la manière d’aborder les gens et d’interagir dans diverses situations. Sa manière de s’exprimer différente des attentes sociales peut nuire au développement de relations durables et il est important de comprendre ici également qu’il n’y a aucune mauvaise volonté au niveau de la communication. Il s’agit juste d’un naturel qui est moins présent.

L’autiste n’a pas, par exemple, le réflexe de saluer ses contemporains lors d’une rencontre ou de répondre à la question « comment ça va? » selon l’usage entendu voulant que tout aille bien et de retourner la politesse, peu importe sa situation véritable et son état d’esprit du moment. Au contraire, il peut fréquemment arriver qu’à cette question se voulant poliment neutre, la personne autiste apporte une réponse détaillée sur son état de santé physique, sur ses soucis personnels trop intimes et donne des informations jugées socialement inadmissibles. Cette difficulté à absorber naturellement les signes sociaux admis dans son entourage comme étant implicites, donc jamais verbalisés, peut apporter beaucoup de rejet et de discrimination dans les milieux scolaires ou professionnels.

Une manière alternative de communiquer

La personne autiste a davantage tendance à dire la vérité sans la filtrer, donc d’apporter des commentaires qui peuvent être mal perçus, considérés comme impolis, provocateurs et inappropriés. La méconnaissance des usages sociaux amène la personne autiste à donner des informations utiles à ses yeux, par exemple de dire franchement à une collègue que sa coiffure n’est pas seyante ou qu’elle est totalement dans l’erreur concernant la manière de rédiger son rapport de ventes. Le manque d’emballage mielleux risque de faire paraître la personne autiste comme étant donc rustre, indélicate et volontairement arrogante. Ce qu’il faut retenir, c’est que pour elle, elle n’a fait que rétablir la vérité et qu’elle n’a pas l’intention de blesser ou d’infliger une égratignure à l’amour propre de l’autre. C’est ici la véracité des faits qui est de première importance. Dans cette optique, les personnes autistes sont également particulièrement honnêtes et fiables.

Extérieurement, certains traits peuvent se remarquer chez plusieurs personnes autistes, dont un malaise physique au niveau de la gestuelle, comme de ne pas savoir à quelle distance des autres se placer dans un cercle de discussion. Également, il peut arriver que l’on décèle des différences dans son intonation de voix, parfois moins nuancée et plus monocorde ou parfois en parlant trop fort alors que son interlocuteur se trouve à moins d’un mètre d’elle.

Dans la réception de la communication, de nombreux défis attendent également la personne autiste. Souvent, l’ironie, les double-sens, le sarcasme, peuvent ne pas être perçus. Une personne autiste pourrait ne pas réagir à une provocation verbale en apparence évidente pour les autres ou au contraire surréagir à une taquinerie innocente en ne percevant pas l’intention véritable de son interlocuteur. Elle peut se justifier alors qu’il ne s’agit que d’une blague sans malice. Car déceler l’intention de l’autre est souvent une course à obstacles où il est aisé de trébucher à répétition. L’incompréhension des intentions de l’autre peut rendre l’autiste particulièrement vulnérable aux abus, aux moqueries et à l’intimidation, voire au harcèlement. On le présume naïf, car souvent il ne sait pas se défendre alors que son cerveau tourne en boucle à la recherche de toutes les hypothèses logiques et potentielles d’une interprétation au premier degré. Sa pensée n’est pas programmée à la base pour saisir d’emblée le second degré, à moins d’être actionnée manuellement.

L’empathie

Une des problématiques souvent soulevées est que les personnes autistes ne sont pas empathiques. Pourtant, la réalité est qu’elles sont extrêmement sensibles aux injustices et aux situations difficiles de la vie. Il n’est pas rare de confondre l’empathie avec la sympathie et de croire que la personne autiste, si elle n’utilise pas les termes consolateurs espérés, n’est pas empathique à son prochain.

Beaucoup de personnes autistes, même si elles ne donnent pas une petite tape dans le dos et ne disent pas avec un triste regard « ma pauvre de toi, je te comprends tellement », ressentent profondément la détresse et le besoin d’aide de l’autre. Parfois, le manque de réactivité provient d’une incapacité à saisir quelles sont les réactions à démontrer et quelles sont les attentes à combler dans la situation présentée. D’autres fois, ce sont les conseils pratiques qui seront prodigués, même si la personne attristée ne ressent que le besoin de parler et de partager ses émotions. Plus encline à être rationnelle, la personne autiste peut avoir le réflexe premier de donner une marche à suivre pour régler le problème énoncé au lieu de mettre ses bras autour de la personne affligée et de se contenter d’une écoute toute simple. Cette réaction, loin d’être une marque de manque d’empathie, est la réponse humaine d’un individu qui ne vous dira jamais « tout va bien aller, ne t’en fais pas ». Surtout s’il n’a pas le pouvoir justement de faire disparaître la problématique en cours.

L’apparence de « normalité »

Plus la personne est considérée comme étant sur la partie haute du spectre autistique (autisme de haut niveau, syndrome d’Asperger, autisme léger, etc.), plus son autisme paraît diffus et risque d’être oublié dans les petits gestes du quotidien. Même avisé de l’autisme d’un proche, une tante, un ami, un grand-père pourrait oublier l’autisme de cette personne et ne pas comprendre son mode de fonctionnement différent.

Il est donc courant que les personnes autistes, en prenant conscience des attentes sociales qui leur sont étrangères, se sentent démunies. Comme l’autisme ne parait pas de l’extérieur sauf pour un œil averti et lors de circonstances particulières, la personne se voit attribuer des défauts qui ne sont pas les siens. L’interprétation de ses gestes et paroles étant tributaires de la manière standard d’interpréter l’autre. On dira que cette personne est capricieuse si elle se démontre incapable de faire une tâche considérée facile pour la majorité des gens, comme d’avoir à répondre au téléphone à la maison. On pourrait la juger comme étant prétentieuse, car elle a des sujets de conversation plus pointus et intellectuels et qu’elle en parle beaucoup, alors qu’elle ne fait que partager ce qui lui plaît. Les difficultés d’un adolescent à approcher ses camarades de classe pourraient lui valoir la réputation d’être froid, hautain et indifférent aux autres personnes. C’est à ce stade que le jugement est rugueux et brutal pour la personne autiste; elle est évaluée selon les critères habituels qui ne concordent pas avec sa manière différente d’être.

Intérieurement, la personne autiste peut développer des troubles anxieux, car il est complexe pour elle d’interpréter le monde dans lequel elle évolue. Sa manière de voir le monde passe davantage par la logique et tout ce qui n’est pas rationnel peut la consterner. Elle a besoin de repères, et les changements de dernière minute et les imprévus peuvent venir chambouler ses plans et créer un profond désarroi. On oublie également ses particularités sensorielles, car souvent les bruits ambiants sont plus agressants pour elle. Elle peut être extrêmement sensible à la lumière vive ou au contact de certaines matières ou au contact physique. Alors, elle devient hautement réactive à des stimuli qui généralement ne dérangent personne. Les restaurants bondés, les centres commerciaux où elle se fait bousculer, les lieux inconnus, tout peut la déstabiliser à tout instant.


En résumé, il est là le grand défi humain : intégrer les personnes autistes de tout niveau, leur permettre de demeurer elles-mêmes, de développer leur plein potentiel selon leurs forces propres et les accepter sans discrimination. C’est cesser de les faire entrer dans un moule qui ne correspond pas à leur forme et au contraire les aider à prendre leur place dans le monde en les aidant à bonifier leur potentiel d’adaptation tout en tenant compte des limites et des besoins de chacun. Car les autistes ont toujours été présents, sans aucun doute, à toutes les époques de l’histoire de l’humanité. Il y a fort à parier que c’est le monde moderne qui les met davantage aujourd’hui en évidence…

samedi 14 mai 2016

A voir - Le dernier texte sur le Huffington Post Québec

Lettre entrouverte à mon conjoint


Tu sais, lors de notre déjà lointain week-end en amoureux à St-Sauveur, durant le dernier festif temps des fêtes, je ne t'ai pas vraiment tout dit. Je suis secrète comme ça bien souvent. Parfois. Parfois trop même. Juste pour ne pas te blesser sauvagement, déranger ta quiétude ou te faire sentir outrageusement mal. Parce que te créer des malaises inattendus, je le fais avec une digne perfection, chaque jour, au détour d'une phrase malhabile, d'un événement fortuit qui me dérange, d'un changement d'habitude apparemment dérisoire qui me fait basculer dans une dérive totale sans crier gare, aéroport ou zone portuaire. Survient alors une perte de patience de ma part, dont tu paies la note avec des intérêts composés en addition.
Nous avions choisi ce week-end de fin décembre pour décrocher sereinement du plat train-train journalier, zieuter une configuration de 4 murs et plafond assortis autres que ceux qui meublent nos habituels samedis et dimanches hivernaux. Bref, prendre des vacances bien méritées de notre barbante routine et se donner l'illusion d'avoir nous aussi eu des vacances de Noël.
Quand j'entre dans une chambre d'hôtel, je hume tout, de tous mes sens. Je repère chaque meuble, redresse un cadre, tourne en rond comme un félin qui explore un nouveau territoire et se familiarise avant de tapoter l'herbe pour s'y coucher en rond. J'ouvre tous les tiroirs, j'inspecte si l'habituelle bible est là, je tâte et respire les échantillons de shampoing de toute fragrance, alors que je ne les utilise pas. Puis, je m'installe. Quelques articles de toilette alignés sagement le long du lavabo, comme de petits soldats au garde-à-vous. La valise de «pharmacie» droite comme un «i», accoudée près du miroir. Tout le séjour, je ramasse derrière toi chaque objet qui vient saper la pureté du décor tel qu'il était au moment précis de notre intrusion dans le lieu soigneusement rangé.
Chaque dodo ailleurs est un punch alcoolisé qui m'amène migraines et étourdissements d'ivresse sensorielle. Un fond sonore différent, que tu ne perçois pas, car les dépaysements, tu aimes comme la majorité des gens d'ailleurs. Mais pour moi, chaque subtile différence est une information nouvelle à traiter avec vigilance. Des draps qui sentent la lessive avec une odeur abrasive et que je ressens jusque dans mes papilles gustatives, sans même avoir à les lécher. Cette texture d'un tissage de coton non familier sur ma peau, cet oreiller hostile que je repousse dès que possible pour installer mon oreiller Yubisaki, fourré de ses grains plastifiés, qui me suit comme un toutou en peluche. Juste parce qu'il s'avère être le seul qui me reconduit dans les bras nocturnes de Morphée avec une certaine satisfaction.

Tu le sais, le lendemain matin est sacré. Je dois me lever sans avoir bien récupéré, me préparer, lutter à bras le corps avec une douche que je ne maîtrise pas. J'ignore jusqu'à quel point je dois accorder ma confiance à ces serviettes de bain trop rugueuses. Je dois me recoiffer et me maquiller avec un éclairage et/ou une distance lavabo-miroir variable d'une fois à l'autre qui sont des obstacles vertigineux. Puis, je refais le tour de la chambre 4 ou 5 fois, certaine de ne rien avoir oublié, que les serviettes usagées sont bien dans la baignoire comme le prescrit l'usage, que tout verre sali est bien acoquiné avec ses semblables et non orphelin sur la table de chevet. Que la chambre paraît décemment propre, comme un lieu sacré que l'on n'a pas profané avec des miettes de croustilles et que la télécommande de la télé est bel et bien au centimètre près à la même place que lorsque je suis arrivée. Et l'heure du départ est aussi sacrée. Je regarde ma montre argentée toutes les deux minutes et je recommence à tourner en rond. Je suis anxieuse d'être en retard et de déroger illégalement au règlement. Crainte de déborder du temps indiqué et de me faire rabrouer par la direction.
Ce week-end-là, je m'étais tellement promis d'être zen. Je me le promets toujours. Mais c'est une de ces promesses d'ivrogne qui ne tient jamais la route plus que quelques moments brefs, comme celle de ne pas crier en voiture quand tu colles une Mazda 3 rouge vif ou une Honda gris métallique de plus près que moi je le ferais si je détenais le volant. Comme de ne pas gérer tout instant avec la dureté d'un contremaître pointilleux responsable d'une chaîne de montage. Mais je n'y suis pas parvenue. Promettre de ne pas être anxieuse, je ne peux pas.
Cependant, j'ai consenti contre toute attente à improviser. Moi, je n'improvise jamais. Tout est calculé à la seconde près, l'heure et le lieu d'arrivée à un endroit minutieusement validé sur carte routière, GPS et Google Maps, la place où on peut se stationner si c'est possible, le montant d'argent liquide nécessaire en cas d'imprévus, où je m'assois pour être le moins dérangée par les sempiternels bruits ambiants et par le va-et-vient ineffaçable des passants. Improviser, c'est ma mort. Mais gâcher ton plaisir est également ma mort. Car je t'aime plus que tout et je tiens à ne pas rendre ta vie avec moi infernale.
En roulant vers notre destination, tu avais vu l'enseigne voyante d'un gros cinéma près de l'autoroute 15. Voir des films, tu adores. Moi également. Nous avons galéré pour retrouver la sortie nécessaire pour satisfaire ton envie légitime de prolonger le week-end encore un peu, puis nous avons repéré finalement l'annonce criarde du cinéma convoité. Mais rendus près du bâtiment, l'enseigne sur le toit se dérobait entièrement à notre vision et nous tournions en rond, continuellement en désaccord, sur l'emplacement réel, car aucune porte ne semblait afficher clairement l'entrée des lieux. Nous nous sommes maladroitement obstinés avec des mots lourds, pour retrouver le bon bâtiment, en zigzaguant dans des entrées qui semblaient toutes ne mener absurdement nulle part. Nous avons finalement garé agilement la voiture en lieu sûr, après un repérage approximatif. Tu étais soulagé, tout était rentré dans l'ordre pour toi. Moi j'étais fiévreuse de colère, de frustration, de tristesse et d'anxiété. Je débordais de partout comme une plante qu'on arrose trop mal et trop vite. Tu sais quand l'eau se met à fuir simultanément par le haut parce que la terre n'absorbe pas assez vite et par le bas par les trous d'irrigation qui annoncent une terre trop saturée en liquides.
Tu étais fébrile et content et tu as proposé le film qui, toi, te tentait. Moi, je n'avais pas d'alternative plus adéquate à proposer, les autres possibilités me déplaisaient de toute manière. L'heure de début du film était de moins de cinq minutes après notre arrivée. Tu le sais, j'aime arriver d'avance, souvent trop d'avance, aller au coin resto sans m'agiter, visiter sans pression la toilette publique et m'asseoir dans le cinéma sans bousculade, sans jambette, pour apprivoiser les lieux avant la projection. Comme le commerce ne prenait pas le paiement direct, alors on a gratté la petite monnaie à la hâte en manquant d'en échapper la moitié devant le guichet. Je tremblais trop. Je me sentais perdue et assommée. Mais tu avais tout de même besoin d'acheter à boire et à grignoter malgré le temps limité, alors que je disais sans ménagement que je ne voulais rien et que j'agrippais à deux mains la porte de la poignée de la salle en frémissant comme si j'allais m'effondrer raide morte.
Le film a débuté 30 secondes à peine après que j'aie pu déposer mon postérieur sur le siège au dossier trop rigide. J'ai constaté alors que j'aurais vraiment dû aller à la toilette avant tout et qu'il faisait vraiment trop glacial dans cette obscure salle presque vide. Je suis demeurée emmitouflée dans mon gris manteau d'hiver et le cou rentré dans mon foulard carrelé mauve et noir. Tu as tenté de me parler au début du film comme à ton habitude, de me murmurer avec complicité des mots d'esprit, comme tu le fais toujours et qui me font rigoler parfois pendant dix interminables minutes.
Mais je me suis impatientée, je t'ai jeté un regard qui poignarde et je suis devenue copine avec l'accoudoir opposé à ta position. À deux reprises, tu m'as demandé avec douceur si j'étais fâchée en touchant délicatement mon bras. J'ai doublement dit non très sèchement en m'agitant et sans te regarder. Malgré quelques tentatives agiles de m'aborder de nouveau, j'ai tabassé tes paroles de haussements d'épaules rapides et impatients, d'une moue renfrognée et de soupirs hautement agacés. Alors je te dois une explication, par amour pour toi.
Tu le sais depuis des années: je suis autiste. Cette course à relais imprévue, cette peur maladive du retard, l'impossibilité pour moi de me recalibrer et de prendre possession mentalement d'un nouveau territoire, la dispute pour le stationnement, l'envie d'uriner qui occupait 60 % de mon cerveau durant toute la durée du film et qui faisait concurrence au froid agaçant qui occupait un autre bon 15 % de ma conscience, il ne me restait que 25 % de force pour suivre le film à temps partiel. Mon impatience n'était nullement contre toi. C'était juste trop à gérer. Je me retenais d'éclater en cris et en sanglots.
Se disputer pour des riens, tous les couples le font. Arriver à la dernière seconde, tout le monde le vit, certains à l'occasion, d'autres continuellement, c'est selon. Endurer un ou deux inconforts physiques, la plupart des gens savent les garder suffisamment en veilleuse et profiter dignement du moment présent sans nullement bouder leur plaisir. Mais moi, je ne le peux pas. Toutes ces informations éparses, ces sensations physiques qui m'étouffent trop fort, l'énergie dépensée à discuter parking sur un ton agressant, je ne peux mettre tout derrière moi d'un rythmé claquement de doigts. Tout ça, c'est mon présent et tout s'aligne en même temps. Un trou sans fond où mon énergie fuit de partout, comme un boyau d'arrosage perforé par un gamin malicieux.
Je tenais à tout te dire, car j'ai gâché ton moment. Tu as cru que j'étais irritée contre toi, mais j'étais surchargée. Goinfrée de trop de choses que je ne pouvais gérer en si peu de temps. Mon cerveau analyse tout, sans arrêt, classifie et organise. S'il n'a pas le temps, si mon corps m'envoie des messages inconfortables, rien ne va plus. Mais tu oublies, car mon autisme, lui, il est plus discret que ses manifestations.
Maintenant, je t'ai tout dit. Je sais que tu m'analysais sans méchanceté aucune avec tes yeux et tes critères standard et non avec ma réalité alternative. À tort, tu me croyais en colère. Mais j'étais rongée par l'anxiété, la détresse et absorbée par tout ce que je n'arrivais pas à contrôler en moi et autour de moi. Cette course infernale avec le temps et les sens, c'est mon quotidien, que dis-je, c'est l'histoire envahissante de chaque minute depuis le jour de ma naissance. Ton écoute, ta compréhension et ta patience, voilà tout ce dont j'ai infiniment besoin pour communiquer avec toi. Ne l'oublie jamais... même quand mes yeux et ma voix te repoussent avec intensité.


Article complet:






dimanche 24 avril 2016

Collaboration avec Mr Mondialisation




Ce matin parait sur la page FB de Mr Mondialisation l’article que j’ai fait parvenir au début d’avril. Cette collaboration est venue d’un lecteur du blogue « 52 semaines… » qui m’a écrit en juillet dernier pour me mettre en contact avec ce site. J’ai longtemps remis ce projet de rédaction de côté, car j’étais très impressionnée par l’ampleur de leur travail et de leur visibilité.
En mars dernier, j’ai finalement composé le texte de sensibilisation à l’autisme qui parait ce matin sur leur page. Puisque je suis une personne qui écrit toujours des textes très longs, le site en a produit une version abrégée, allégée et plus journalistique. Je vous partagerai sous peu la version intégrale.
Bon dimanche!
Le lien vers l'article:



samedi 13 février 2016

Conférences à venir 2016

Veuillez noter que pour des raisons de santé, les événements d'avril ainsi que de mai 2016 ont été annulés. Merci.



Pour les détails - visitez la page: 
http://mjcordeau.blogspot.ca/p/conferences-venir.html

vendredi 5 février 2016

Conférence le 8 mars 2016 à l'UQTR

Une conférence à l'Université du Québec à Trois-Rivières le 8 mars prochain!
Par et pour les étudiants du département de psychologie, mais également ouverte au grand public!